dimanche 25 octobre 2015

Diagonale des fous 2015

 Saint-Denis,  stade de La Redoute, dimanche 25 octobre 2015,  9 h 52 mn 54 s.
GRR Grand Raid Réunion

Quel bonheur d’arriver au stade de La  Redoute à Saint Denis, main dans la main avec les copains !
je pousse mon cri de guerre, je plaisante, je suis fier, j’ai réussi, enfin !
j’ai conjuré le sort, je suis capable de faire un ultra, et quel ultra !  la diago !
je ne savais plus, n’y croyais plus, n'espérais plus.


Flo crie aussi, elle exulte, j’aurai voulu passer la ligne d’arrivée main dans la main avec elle !
Pour l'associer pleinement, pour lui permettre d’achever elle aussi l’inachevé comme j’ai réussi à le faire, grâce à elle, pour elle.
Mais c'est trop tard, c'est déjà fini,
Cette diago 2015, ce n’est pourtant pas la mienne, c’est la nôtre, c'est la sienne.

Je l’ai courue pour nous deux, pour elle, pour effacer à jamais de nos mémoires et de notre corps notre échec en cœur à Cilaos un certain samedi 23 octobre 2010 à 0 h 25 à Cilaos où nous avions rendu les armes après 90 km de course éprouvants.
Nous devions, par la suite, très vite, regretter amèrement ce renoncement qui nous a durement marqué, tel un tatouage que l'on n'arrive jamais à effacer totalement.

On ne refait pas l'histoire, non en effet, ce qui est fait est fait, mais on peut simplement essayer d'écrire une suite à notre histoire viscéralement liée depuis plus de 10 ans au trail autour de Christian et de la bande de copains. 

L'inachevé 2010 ne demandait donc qu'à être achevé dans nos têtes et dans nos jambes … et c'est bien pour cela que je m'étais inscrit à cette diagonale des fous 2015 ! 


D’une diago à l’autre

Aujourd’hui encore cet échec en cœur à Cilaos nous affecte, et à la relecture du CR 2010 sans  concession, je mesure la chance que j’ai eu de pouvoir à nouveau relevé le défi en 2015, contrairement à ma Flo qui malheureusement a dû  annuler sa participation au  Bourbon pour cause de genou récalcitrant.
Il aura donc fallu 5 ans et bien d’autres déconvenues pour que début 2015 nous repensions à nouveau à nous joindre à l’armada EPA qui allait déferlée sur l’Ile intense.
Fort de mon expérience et  des enseignements 2010, je ne devais pas me rater sur 2015, pour moi, pour nous, pour elle, mais je connaissais aussi mes faiblesses et tout ce qu’il faudrait que je mettre en œuvre pour les dépasser.

 

L’alimentation

Gros problème, très très  gros problème pour moi qui ne sera malheureusement pas résolu sur cette diago, malgré une prise de probiotiques 3 mois avant et un régime sans gluten. 
Il a donc fallu faire avec. Heureusement, j'ai pu boire 2 boissons de récup Apurna, (celle qui ne m'avaient pas été confisquées à l'embarquement à Orly....) 1 à Cilaos et 1 à Maïdo, je pense que c'est ce qui m'a maintenu.
Sur les 3 fois  6 doses de produits Effinov prévues, je n’en prendrai que 3 et sur les 3 fois 6 barres que 2 plus une pâte de fruits. Heureusement j’ai réussi à manger sur 2 ravitos du poulet/pâtes à Mare à boue (merci JPP) et à Cilaos, quelques soupes ailleurs, quelques thé/café avec 2  tranches de pain d’épices et ai bu tant bien que mal de l’eau, mais bien loin des 0.5 l par heure....
Les protocoles alimentaires et hydriques  que je m’étais fixés n’auront  pas tenus bien longtemps, comme d’habitude d’ailleurs. 
Je n’ai pas du tout maîtrisé  mon alimentation et mon hydratation, ce n’est plus une faiblesse mais un lourd handicap...


 Le poids du sac doit être « maîtrisé»,

Bon, y’a encore du boulot !!
Et pourtant j’y ai passé du temps à le préparer ce sac !
Mais globalement c’était correct, ne serait-ce la bouffe inutile.
Nous ramènerons dans nos valises plus de bouffe de ravito au retour qu'a l'aller.... c'est dire


Se placer au plus près de la ligne de départ,

Çà, ça  c’est pas trop mal passé, grâce à Benoit qui nous a rappelé à l’odre, ce qui fait que j’ai dû bouchonner à Vidot entre 1 h et 1 h 30, temps que j’avais intégré dans ma feuille de route.


Ne pas partir trop vite

 Et  ne pas se laisser griser par cette ambiance de folie tout au long des premiers km dignes d’une étape du tour en montagne avec feu d’artifice en prime. Je profite d’une pose technique au bout de quelques km pour calmer le jeu et repartir calmement, personne ne s’arrêtait même dans les premières petites montées, fais pas le c… François, restes Zen, le bouchon on verra plus tard. 
Je ne sais pas où sont les copains, mais tant pis, chacun sa course.


Courir seul, à son rythme, et être réaliste sur sa feuille de route.

Là aussi, c’est pas mal, 62 h prévues, 60 réalisées. j’ai tout au long des 2 premiers tiers  de la course été conforme à mes prévisions, seul le passage des 30 km dans mafate a été calamiteux où le manque d’alimentation s’est fait durement ressentir et où j’ai côtoyé de trop près les barrières horaires.  
    


Ne pas affoler le cardio dans les montées

Ne pas entendre son cœur cogner dans ses oreilles.
Avancer à l’économie pour ne pas taper dans les réserves, on ne montre pas les muscles, on n'est pas en parade.


Un ultra, c'est savoir gérer ses défaillances  

La panne des sens  doit  être  gérée, même  sans essence on arrive toujours à avancer, et même si ça ne va pas mieux, ça ne pourra pas aller plus mal tant qu’on bouge. 
Mais cette pane m’est tombée dessus très tôt sur la diago, avant piton Textor au 40eme km (non d’ailleurs comme d’habitude au bout de  8  à 10 h)  et elle durera jusqu’au 126 ème km à Sans soucis où je retrouvai ma Flo. Ce qui permettra à JPP de me doubler à plusieurs reprises, au gré des montées ou d’habitude je ne laisse pas ma part aux autres, de plus il était en forme le JPP, même s’il s’étonnait d’être avec moi, me disant qu’il devait aller trop vite, son point fort étant plutôt les descentes. Hypocrite va !



Être prêt à gérer le froid, le chaud, 

On a eu de la chance sur cette édition 2015 avec des conditions plutôt clémentes, même si la chaleur a été à son comble sur la montée du Maïdo, mais la pluie, le froid et le vent  n’étaient pas au rendez-vous et tant mie ux !

Ouf, de plus, le terrain non boueux a été aussi un point avantageux par rapport à d’autres éditions dantesques.



 Être prêt à gérer le manque de sommeil.

Dur, très dur le manque de sommeil !  des flashs comme en conduisant, d’un seul coup on sent qu’on a perdu le contrôle pendant 1 micro seconde, on se ressaisit, l’envie revient aussitôt. Fermer les yeux 2 ou 3 secondes en marchant sur une portion de route, poser sa tête sur un coin de table les bras croisés 30 secondes, ou bien assis sur une chaise, laisser la tête basculer en avant et fermer les yeux. Dormir, dormir, dormir
Çà devient une obsession,  dormir, se traîner et chercher le coin pour se reposer, comme quand JPP me double dans la montée vers kervegen quand je lui joue Le dormeur du val. «C'est un trou de verdure où chante une rivière, Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent ; où le soleil, de la montagne fière, Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons… » Tout y est, je joue le mort.  JPP est très inquiet pour moi.
C’est une grosse erreur de ma part, de me laisser aller en état de somnolence permanente, au contraire, il faut se dire que ce n’est pas possible là, maintenant et que ce sera là-bas, plus tard, à Ilet à Bourse. Siffle beau merle ! 
« Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, Tranquille. Il a 2 trous noirs… »  de manque de volonté et a perdu encore du temps précieux….
Je repartirai pourtant et doublerai plus tard JPP dans Cilaos, pressé de retrouver ma Flo qui attend patiemment que son soldat arrive. 
Terrible cette descente vers mare à joseph, heureusement pas trop glissante, je manquerai néanmoins à m’y faire happer par le vide, mon pied prenant appuis sur de l’herbe sur le bord d’une marche sous laquelle il n'y avait ni terre ni caillou mais le vide.



Se préparer à recevoir des informations « d’alertes » de son corps 

Et les assimiler comme faisant partie de la normalité : douleurs diverses, fatigue, écœurement, vomissements, etc… Ne pas sombrer dans la souffrance qui n'est qu'un état d'esprit.
A ce petit rythme de course, ou plutôt de marche, c’est fou ce que le mental peut faire faire à ce pauvre corps conditionné à avancer à l’économie :  levée de genoux automatique pour les hautes marches et descente sans à-coup dans les descentes techniques, laisser aller sur les pentes douces, marche rapide et bien rythmée sur le « plat »,  automatisme, calcul de trajectoire permanent pour éviter les glissades, les chutes,  gestes techniques, épuisement psychologique à force de concentration pour que le moteur diesel continue sa route sans trop consommer, en attendant des heures meilleures….
Recevoir des SMS de soutien fait un énorme bien pour s’extraire un petit moment de cette bulle.
Rien mangé depuis Cilaos, gerbe à Marlat, nouvelle gerbe à col des bœufs, mais comme il n’y a plus rien dans l’estomac, c’est de la bile, pas top. Arrêt au poste de secours de Plaine des merles pour un anti vomitif avec obligation de rester en observation 20 mn, mais rien ne passe, je repars avec un groupe qui se met à juste titre la pression, faut se dépêcher pour ne pas se faire avoir par la prochaine barrière, je me mets dans la roue et on trace la route, oubliant la fatigue.


 Le bon usage de la couverture de survie

J’ai découvert sur cette diago l’usage de la couverture de survie, ce papier alu dont je ne savais pas quoi faire d’habitude  qui une fois déplié est infernal à ranger. J’en ai si bien  maîtrisé l’ usage  que lors d’un repos mérité de 20 mn que je m’accordais à Ilet à Bourse après avoir un peu bourriné pour être sûr de ne pas louper la barrière horaire, je passais en fait 1 heure bien enveloppé à dormir après avoir consciencieusement  éteint la sonnerie du téléphone qui  m’indiquait que les 20 mn étaient écoulées et qu’il fallait se bouger et repartir. 
Perte complète de la notion du temps et  de l’objectif du moment, le jour s’était levé, je me prélassais, observant pourtant inconsciemment de temps en temps que le nombre de papillotes autour de moi diminuait 
En me décidant enfin à bouger j’aperçois en levant la tête mon Phiphi de dos,  assis là à attendre. 
Je l’appelle, je suis content, on va finir ensemble.
Là, déconfit, il m’annonce qu’il s’est fait sortir pour dépassement de barrière horaire (c’est lui que j’avais du apercevoir auparavant assis au bord du chemin avec un groupe sur sentier Scout) et que malheureusement pour moi ça va être aussi le cas sur la prochaine barrière  à Grand place car les bénévoles du poste  lui ont  dit qu’il fallait  1 h 30 pour y aller et qu’il me restait tout juste qu’1 h. Quoi ? hors de question ! je n’ai pas fait tout ça pour rien !, 
j’attrape mon sac à dos et y bourre la couverture de « cure de sommeil » et ma frontale, plantant là mon Phiphi, écartant un bénévole qui me demandait si j’arrivais et me voilà parti à fonds la caisse pour parcourir les 3,4 km.
Je quitte mon coupe-vent en courant. Speedy Francisco del EPA  fonce ! Oublié le manque de jus, je vole, j’y  prends même du plaisir, ça me plaît ce défi, j’aurai presqu’envie de crier Riba ! Riba ! je suis complètement essoufflé dans les descentes et les montées, je dégouline de sueur, mais tant pis, je tire les modestes cartouches qu’il me reste même si je dois le payer  plus tard, je dois passer, je ne me pardonnerai pas cette erreur !!!. 
Je double des coureurs qui n’ont pas l’air de s’affoler et me disent que c’est bon, croies le si tu veux mon gars, moi  je continue à fonds, je sais que le défaitisme collectif peut inconsciemment  faire perdre la lucidité à un groupe de coureurs en perdition (c'est du vécu sur l'andora trail notamment), et souvent le poste est bien plus loin que ce que l’on pense (Ilet à bourse a été le pire). 
N’avoir confiance qu’en soit, ne pas s’appuyer  sur les autres, la force est en toi, fonces François, tu n’as pas le choix !
YESS !! 
En sueur, exténué, j’arrive à 6h16 à Grand place, avec 14 mn d’avance sur la barrière horaire. J’avais prévu 1h35 sur ma feuille de route, je mettrai 35 mn. J’envoie un SMS à Phiphi pour le rassurer, conscient aussi que je lui remue le couteau dans la plaie. Je suis triste pour lui, mais content de mon sursaut salutaire et solitaire.

Et, comme prévu l’addition du contre la montre sera payée cash dans la très longue ascension des 1000 m de dénivelé du Maïdo qui va suivre, surtout que je n’ai toujours rien avalé…  Ecole de Roche Plate, plein cagnât, pas d’ombre, faut s’arracher, toujours sans manger. C’est pas aujourd’hui que j’essaierai de suivre Clément dans l’ascension du Maïdo que j’avais pourtant bien apprécié 10 jours auparavant.
Aujourd’hui c’est pause dès qu’il y a un petit coin d’ombre, et il y en a peu. 



On ressent physiquement et mentalement la sortie de mafate avec un dossard toujours accroché en passant le Maïdo, on sait que la partie n’est pas gagnée, mais qu’elle est bien engagée.


 Ne jamais écouter les bénévoles et les autres coureurs,

Ne s’en tenir qu'à sa feuille de route et au règlement de la course
Soit l’info est trop optimiste, soit elle est décourageante et démobilisatrice comme ce fût le cas à ilet à Bourse ou bien au pied du taîbit.
Depuis Piton Textor, un bruit courait par ailleurs parmi les coureurs entamés que pour compenser les bouchons, les barrières allaient être rallongées : Que Neni ! Des conneries tout ça à ne surtout pas écouter ! Ce ne sont que les sirènes de l’abandon qui petit à petit nous attirent dans leurs filets du renoncement,  je l’ai connu justement ce renoncement, et c’est lui que je suis venu combattre et conjurer pour prendre notre revanche sur 2010. 
Il est hors de question à se fier à qui que ce soit autres que les officiels de la course.
Méfiant à tel point qu’arrivé au Maïdo, où je faisais la pause avec le sac de rechange après le départ de Benoit, JPP, Jacky et Pierre que je venais de retrouver,  je téléphonai à Flo pour qu’elle demande au chef de poste de Sans souci l’heure officielle de la barrière horaire, car selon les versions que j’entendais autour de moi, soit j’avais de la marge soit j’étais encore limite. Rassuré par la parole officielle me voilà donc reparti dans la descente, quant au bout d’1,5 km,  je m’aperçois que j’ai oublié mes bidons. Mais quel c… !
Me voilà donc reparti à contre sens indiquant à la trentaine de coureurs rencontrés que je n’abandonnais pas mais que je remontais chercher mes bidons. Ah c'est con, me lançaient ils. Oui je sais.... J’avais posé ces fichus bidon, le temps de me questionner sur ce que je pourrai ou ne pourrai pas avaler, en fait toujours rien,  pas moyen d’avaler quelque chose depuis que la gerbitude m’avait gagnée. 
Mon corps a néanmoins fait ce dénivelé supplémentaire sans bronché, et la pression barrière horaire aidant, j’oubliai même la fatigue, énervé et à nouveau remonté comme une pile (non rechargée)


 Le dépassement de soit, c’est bien, mais dépasser les autres, c'est mieux

La descente sur sans soucis  se fera donc en courant dans la poussière pour rattraper ce nouveau retard en essayant de ne pas trop se casser les cuisses. 
J’y retrouve mes 4 compères et ma Flo qui s’occupe de moi et me propose sur les conseils de Pierre des petites crêpes du  ravito  et une canette de coca. 
Elle s’occupe de moi, de mes pieds, en un mot, me requinque. 
Je repars donc  à nouveau ½ h après les copains. Les pieds commencent à salement souffrir et il faut un moment pour intégrer cette information douloureuse comme « normale », pour arranger le tout on passera  dans l’eau pour traverser la rivière des galets.
Magique ! aussitôt que je recommence à courir, les sensations reviennent, je me mets en « chasse » des copains,  les montées s’avalent facilement, je prends plaisir à chemin ratineau et à la cala de branche en branche et de rocher en rocher (je n'ai pas poussé le cri de Tarzan me semble t’il….), je double en m’excusant, je suis bien, j’adore l’utra trail à ce moment-là, je sais que je vais les bouffer les copains, « l’appétit » de doubler  est là ! 
Et même si ça se trouve je vais les sécher et finir loin devant eux à la Redoute…. t’es un champion mon François, Florence avait raison, crois en toi ! 
C’est dingue ce que ce corps est encore capable de faire au bout de 48 h ! Un tantinet euphorique le garçon, mais bien, il pète le feu.
Et en effet je rattrape le club des 4, d’abord Benoit, qui règle au tel la logistique avec Patrick pour l’arrivée de  Wilfrid, puis les 3 autres gaillards qui nous font en file indienne, le coup des  nains qui rentre du boulot. Eho, Eho, On rentre du boulot....
Bon on se calme ! je me cale dans leur roue et fais un bout de chemin avec eux, surtout que quelque temps avant je me suis pris une pierre dans les orteils et que ça me fait horriblement mal.

Vers la fin de la descente, je les distance sans trop y faire attention et me mets sur un rythme de marche très actif Juste avant la possession où j’y retrouve ma Flo surprise de me voir arriver à ce train. 
Nouvelle séance  bichonnage, ce que c'est bien ! par contre à nouveau, je ne me souviens pas avoir mangé quelque chose, malgré l'insistance de Flo. Petite pose de sommeil en attendant que cap'taine Jack redonne l’ordre de départ de la troupe.
Au moment de refaire le sac, Flo m’indique que je peux l’alléger. Mais moi je ne veux pas, j’ai encore une nuit (voire plusieurs dans ma tête)  à passer dehors et j’ai besoin de tout !!! Ca va pas non ! Pas touche à mon sac !
Elle m’indique alors en riant que non, c’est ma dernière nuit, et que bientôt je vais arriver au bout …. 

Petit moment de réflexion intense pour moi et c’est la révélation : 
CETTE FOIS,  LA DIAGO C’EST DANS LA POCHE. 
Ma tête, comme mon corps était en mode automatique sans notion du temps. D’ailleurs,  tout au long de cette diago, les heures se sont égrainées assez vite, même si paradoxalement j’ai trouvé le temps long sur certains passages pourtant reconnus auparavant. 
J’avais intégré l’itinérance d’un poste à l’autre comme naturelle, avancer, toujours avancer, point barre !
 On  repart tous les 5, il est hors de question pour moi de faire le Kéké et de partir tout seul. 
Je prends le train de Jacky ou Benoit et les suis sans trop de difficultés (? )

Attention aux hallucinations 

Les bisounours ! c’est marrant çà ! qui s’est amusé à sculpter sur les pavés du chemin des anglais toutes ces petites formes rigolotes que je découvre avec ma frontale par les jeux d’ombre ?  Alerte ! 
je me garde cette réflexion pour moi. Vaco y a vu en 2013 des poneys, donc gaffe, on part pas là-dedans, on se concentre sur les talons de Jacky.
Jacky  qui devant moi passe en permanence  entre  2  hauts murs en pierres….., effet du halo des lampes qui me donne l’impression qu’on arrive dans un village, c’est sympa, le temps passe vite…. L’esprit quant à lui s’égare et fait diversion.

 L’odeur, ça craint

La descente vers la Redoute est glissante mais bien moins pire que ce qu’ont connu les copains avant et après nous, la pluie transformant ce sentier en véritable patinoire où racines, pierres et terrains gras sont autant de pièges à éviter. Mon odeur pestilentielle me sert d’arme de dissuasion quand un coureur essaie de me doubler dans cet exercice périlleux de descente aucun ne colle d’un peu trop près, ça fouette trop !



Délivrance

Cris de guerre scioux ! Regroupement général et entrée dans le stade de la Redoute.

Congratulations, félicitations, embrassades, photos souvenirs, binouzes avant le grand Dodo
Tels d’anciens combattants portant fièrement leurs breloques, nous échangeons sur notre exploit respectif sous une chaleur accablante. 


Voilà, c’est tout, ce n’est donc que çà, ce n’est pourtant pas bien difficile de passer cette arche d’arrivée. 

Qu’est-ce qui fait qu’un jour ça passe, alors que tant d’autres ça ne passe pas ?


L''ambiance de course, les paysages entrevus, les nuits étoilées, les levés de soleil, les bénévoles, le public, les coureurs, les sensations, la prise en charge par Flo font de cette expérience à la conquête de l'inutile des moments privilégiés et inoubliables qui resteront à jamais gravés en moi.

Cette diago confirme ce que j'avais commencé à entrevoir sur la TDS 2014 : une fois assimilées toutes les informations d’alertes, notamment sur le manque d’essence faute de nourriture, je peux quand même continuer à avancer en passant en mode hybride corps/tête.

L’objectif sportif atteint est très important  pour moi, mais c’est le long  chemin parcouru pour y arriver dont je garde les meilleurs souvenirs, long chemin bien plus riche en rencontres, balades et partages avec ma Flo et les copains. Comme toujours, cet objectif n’aurait aucune valeur, à part sur le CV sportif, s’il n’y avait pas eu  ne serait-ce que ces fabuleuses balades dans mafate avec ma Flo et les copains Christian et Gérard, puis toute la bande, et si, en 2005,  un certain Christian Baigue ne nous avait pas fait partagé son aventure sur sa première diago nous transmettant à cet instant le virus de  sa passion du trail et de son île intense.

C'est fait ! 

Ma diagonale du flou devient enfin ma diagonale du fou !


Merci à ma Flo qui m'a bichonné malgré son immense frustration de ne pouvoir participer
Merci pour tous vos messages qui ont été tels les cailloux pour le petit Poucet, autant de savoureuses pépites, dégustées tout au long de ces 60 heures, qui m ont permises de ne pas me perdre à nouveau vers l'inachevé.....
Je me le devais, et le devais à ma Flo

Lien vers l'album Photos Picassa : ICI
A ma Flo
A Sandrine, courageuse avec son poignet cassé qui a crapahuté des heures avec Manu avant de pouvoir rejoindre un hopital
A Poum et phiphi, rattrapés par les barrières horaires
A Alain qui n'a pas atteint son objectif pourtant si bien préparé
A Catherine et Christelle qui ont démontré aussi sur le Bourbon que tout est possible avec Gérard et Didier, et a Marie plus expérimentée
A tous les champions, Christian, Gégé le conquérant, Didier, Willfrid, William, Brice, Fred le fou volant,Jacky, Pierre, Benoit, JPP, François, Edouard et l'exceptionnel Dominique descndu d'avion le matin m^me de la dago et qui est allé au bout.
Aux accompagnatrices hors pair, dévouées et attentives, Véronique, Bénédicte,  Barbara et Patrick
A toutes celles et ceux qui ont laissés un petit mot gentil et notamment toute la bande 2010, Lulu, Daniel, Pascal
Et bien entendu, à mes fil filles Audrey et Doriane, mes sœurs Annie et Catherine, mon frère Jean, ma maman, tous mes neveux et nièces, beaux frères et belles soeurs



Au fait, il faut combien de points pour s’inscrire à l'UTMB ?.....