dimanche 25 octobre 2015

Diagonale des fous 2015

 Saint-Denis,  stade de La Redoute, dimanche 25 octobre 2015,  59 h 52 mn 54 s.
GRR Grand Raid Réunion

Quel bonheur d’arriver au stade de La  Redoute à Saint Denis, main dans la main avec les copains !
je pousse mon cri de guerre, je plaisante, je suis fier, j’ai réussi, enfin !
j’ai conjuré le sort, je suis capable de faire un ultra, et quel ultra !  la diago !
je ne savais plus, n’y croyais plus, n'espérais plus.


Flo crie aussi, elle exulte, j’aurai voulu passer la ligne d’arrivée main dans la main avec elle !
Pour l'associer pleinement, pour lui permettre d’achever elle aussi l’inachevé comme j’ai réussi à le faire, grâce à elle, pour elle.
Mais c'est trop tard, c'est déjà fini,
Cette diago 2015, ce n’est pourtant pas la mienne, c’est la nôtre, c'est la sienne.

Je l’ai courue pour nous deux, pour elle, pour effacer à jamais de nos mémoires et de notre corps notre échec en cœur à Cilaos un certain samedi 23 octobre 2010 à 0 h 25 à Cilaos où nous avions rendu les armes après 90 km de course éprouvants.
Nous devions, par la suite, très vite, regretter amèrement ce renoncement qui nous a durement marqué, tel un tatouage que l'on n'arrive jamais à effacer totalement.

On ne refait pas l'histoire, non en effet, ce qui est fait est fait, mais on peut simplement essayer d'écrire une suite à notre histoire viscéralement liée depuis plus de 10 ans au trail autour de Christian et de la bande de copains. 

L'inachevé 2010 ne demandait donc qu'à être achevé dans nos têtes et dans nos jambes … et c'est bien pour cela que je m'étais inscrit à cette diagonale des fous 2015 ! 


D’une diago à l’autre

Aujourd’hui encore cet échec en cœur à Cilaos nous affecte, et à la relecture du CR 2010 sans  concession, je mesure la chance que j’ai eu de pouvoir à nouveau relevé le défi en 2015, contrairement à ma Flo qui malheureusement a dû  annuler sa participation au  Bourbon pour cause de genou récalcitrant.
Il aura donc fallu 5 ans et bien d’autres déconvenues pour que début 2015 nous repensions à nouveau à nous joindre à l’armada EPA qui allait déferlée sur l’Ile intense.
Fort de mon expérience et  des enseignements 2010, je ne devais pas me rater sur 2015, pour moi, pour nous, pour elle, mais je connaissais aussi mes faiblesses et tout ce qu’il faudrait que je mettre en œuvre pour les dépasser.

 

L’alimentation

Gros problème, très très  gros problème pour moi qui ne sera malheureusement pas résolu sur cette diago, malgré une prise de probiotiques 3 mois avant et un régime sans gluten. 
Il a donc fallu faire avec. Heureusement, j'ai pu boire 2 boissons de récup Apurna, (celle qui ne m'avaient pas été confisquées à l'embarquement à Orly....) 1 à Cilaos et 1 à Maïdo, je pense que c'est ce qui m'a maintenu.
Sur les 3 fois  6 doses de produits Effinov prévues, je n’en prendrai que 3 et sur les 3 fois 6 barres que 2 plus une pâte de fruits. Heureusement j’ai réussi à manger sur 2 ravitos du poulet/pâtes à Mare à boue (merci JPP) et à Cilaos, quelques soupes ailleurs, quelques thé/café avec 2  tranches de pain d’épices et ai bu tant bien que mal de l’eau, mais bien loin des 0.5 l par heure....
Les protocoles alimentaires et hydriques  que je m’étais fixés n’auront  pas tenus bien longtemps, comme d’habitude d’ailleurs. 
Je n’ai pas du tout maîtrisé  mon alimentation et mon hydratation, ce n’est plus une faiblesse mais un lourd handicap...


 Le poids du sac doit être « maîtrisé»,

Bon, y’a encore du boulot !!
Et pourtant j’y ai passé du temps à le préparer ce sac !
Mais globalement c’était correct, ne serait-ce la bouffe inutile.
Nous ramènerons dans nos valises plus de bouffe de ravito au retour qu'a l'aller.... c'est dire


Se placer au plus près de la ligne de départ,

Çà, ça  c’est pas trop mal passé, grâce à Benoit qui nous a rappelé à l’odre, ce qui fait que j’ai dû bouchonner à Vidot entre 1 h et 1 h 30, temps que j’avais intégré dans ma feuille de route.


Ne pas partir trop vite

 Et  ne pas se laisser griser par cette ambiance de folie tout au long des premiers km dignes d’une étape du tour en montagne avec feu d’artifice en prime. Je profite d’une pose technique au bout de quelques km pour calmer le jeu et repartir calmement, personne ne s’arrêtait même dans les premières petites montées, fais pas le c… François, restes Zen, le bouchon on verra plus tard. 
Je ne sais pas où sont les copains, mais tant pis, chacun sa course.


Courir seul, à son rythme, et être réaliste sur sa feuille de route.

Là aussi, c’est pas mal, 62 h prévues, 60 réalisées. j’ai tout au long des 2 premiers tiers  de la course été conforme à mes prévisions, seul le passage des 30 km dans mafate a été calamiteux où le manque d’alimentation s’est fait durement ressentir et où j’ai côtoyé de trop près les barrières horaires.  
    


Ne pas affoler le cardio dans les montées

Ne pas entendre son cœur cogner dans ses oreilles.
Avancer à l’économie pour ne pas taper dans les réserves, on ne montre pas les muscles, on n'est pas en parade.


Un ultra, c'est savoir gérer ses défaillances  

La panne des sens  doit  être  gérée, même  sans essence on arrive toujours à avancer, et même si ça ne va pas mieux, ça ne pourra pas aller plus mal tant qu’on bouge. 
Mais cette pane m’est tombée dessus très tôt sur la diago, avant piton Textor au 40eme km (non d’ailleurs comme d’habitude au bout de  8  à 10 h)  et elle durera jusqu’au 126 ème km à Sans soucis où je retrouvai ma Flo. Ce qui permettra à JPP de me doubler à plusieurs reprises, au gré des montées ou d’habitude je ne laisse pas ma part aux autres, de plus il était en forme le JPP, même s’il s’étonnait d’être avec moi, me disant qu’il devait aller trop vite, son point fort étant plutôt les descentes. Hypocrite va !



Être prêt à gérer le froid, le chaud, 

On a eu de la chance sur cette édition 2015 avec des conditions plutôt clémentes, même si la chaleur a été à son comble sur la montée du Maïdo, mais la pluie, le froid et le vent  n’étaient pas au rendez-vous et tant mie ux !

Ouf, de plus, le terrain non boueux a été aussi un point avantageux par rapport à d’autres éditions dantesques.



 Être prêt à gérer le manque de sommeil.

Dur, très dur le manque de sommeil !  des flashs comme en conduisant, d’un seul coup on sent qu’on a perdu le contrôle pendant 1 micro seconde, on se ressaisit, l’envie revient aussitôt. Fermer les yeux 2 ou 3 secondes en marchant sur une portion de route, poser sa tête sur un coin de table les bras croisés 30 secondes, ou bien assis sur une chaise, laisser la tête basculer en avant et fermer les yeux. Dormir, dormir, dormir
Çà devient une obsession,  dormir, se traîner et chercher le coin pour se reposer, comme quand JPP me double dans la montée vers kervegen quand je lui joue Le dormeur du val. «C'est un trou de verdure où chante une rivière, Accrochant follement aux herbes des haillons D'argent ; où le soleil, de la montagne fière, Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons… » Tout y est, je joue le mort.  JPP est très inquiet pour moi.
C’est une grosse erreur de ma part, de me laisser aller en état de somnolence permanente, au contraire, il faut se dire que ce n’est pas possible là, maintenant et que ce sera là-bas, plus tard, à Ilet à Bourse. Siffle beau merle ! 
« Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, Tranquille. Il a 2 trous noirs… »  de manque de volonté et a perdu encore du temps précieux….
Je repartirai pourtant et doublerai plus tard JPP dans Cilaos, pressé de retrouver ma Flo qui attend patiemment que son soldat arrive. 
Terrible cette descente vers mare à joseph, heureusement pas trop glissante, je manquerai néanmoins à m’y faire happer par le vide, mon pied prenant appuis sur de l’herbe sur le bord d’une marche sous laquelle il n'y avait ni terre ni caillou mais le vide.



Se préparer à recevoir des informations « d’alertes » de son corps 

Et les assimiler comme faisant partie de la normalité : douleurs diverses, fatigue, écœurement, vomissements, etc… Ne pas sombrer dans la souffrance qui n'est qu'un état d'esprit.
A ce petit rythme de course, ou plutôt de marche, c’est fou ce que le mental peut faire faire à ce pauvre corps conditionné à avancer à l’économie :  levée de genoux automatique pour les hautes marches et descente sans à-coup dans les descentes techniques, laisser aller sur les pentes douces, marche rapide et bien rythmée sur le « plat »,  automatisme, calcul de trajectoire permanent pour éviter les glissades, les chutes,  gestes techniques, épuisement psychologique à force de concentration pour que le moteur diesel continue sa route sans trop consommer, en attendant des heures meilleures….
Recevoir des SMS de soutien fait un énorme bien pour s’extraire un petit moment de cette bulle.
Rien mangé depuis Cilaos, gerbe à Marlat, nouvelle gerbe à col des bœufs, mais comme il n’y a plus rien dans l’estomac, c’est de la bile, pas top. Arrêt au poste de secours de Plaine des merles pour un anti vomitif avec obligation de rester en observation 20 mn, mais rien ne passe, je repars avec un groupe qui se met à juste titre la pression, faut se dépêcher pour ne pas se faire avoir par la prochaine barrière, je me mets dans la roue et on trace la route, oubliant la fatigue.


 Le bon usage de la couverture de survie

J’ai découvert sur cette diago l’usage de la couverture de survie, ce papier alu dont je ne savais pas quoi faire d’habitude  qui une fois déplié est infernal à ranger. J’en ai si bien  maîtrisé l’ usage  que lors d’un repos mérité de 20 mn que je m’accordais à Ilet à Bourse après avoir un peu bourriné pour être sûr de ne pas louper la barrière horaire, je passais en fait 1 heure bien enveloppé à dormir après avoir consciencieusement  éteint la sonnerie du téléphone qui  m’indiquait que les 20 mn étaient écoulées et qu’il fallait se bouger et repartir. 
Perte complète de la notion du temps et  de l’objectif du moment, le jour s’était levé, je me prélassais, observant pourtant inconsciemment de temps en temps que le nombre de papillotes autour de moi diminuait 
En me décidant enfin à bouger j’aperçois en levant la tête mon Phiphi de dos,  assis là à attendre. 
Je l’appelle, je suis content, on va finir ensemble.
Là, déconfit, il m’annonce qu’il s’est fait sortir pour dépassement de barrière horaire (c’est lui que j’avais du apercevoir auparavant assis au bord du chemin avec un groupe sur sentier Scout) et que malheureusement pour moi ça va être aussi le cas sur la prochaine barrière  à Grand place car les bénévoles du poste  lui ont  dit qu’il fallait  1 h 30 pour y aller et qu’il me restait tout juste qu’1 h. Quoi ? hors de question ! je n’ai pas fait tout ça pour rien !, 
j’attrape mon sac à dos et y bourre la couverture de « cure de sommeil » et ma frontale, plantant là mon Phiphi, écartant un bénévole qui me demandait si j’arrivais et me voilà parti à fonds la caisse pour parcourir les 3,4 km.
Je quitte mon coupe-vent en courant. Speedy Francisco del EPA  fonce ! Oublié le manque de jus, je vole, j’y  prends même du plaisir, ça me plaît ce défi, j’aurai presqu’envie de crier Riba ! Riba ! je suis complètement essoufflé dans les descentes et les montées, je dégouline de sueur, mais tant pis, je tire les modestes cartouches qu’il me reste même si je dois le payer  plus tard, je dois passer, je ne me pardonnerai pas cette erreur !!!. 
Je double des coureurs qui n’ont pas l’air de s’affoler et me disent que c’est bon, croies le si tu veux mon gars, moi  je continue à fonds, je sais que le défaitisme collectif peut inconsciemment  faire perdre la lucidité à un groupe de coureurs en perdition (c'est du vécu sur l'andora trail notamment), et souvent le poste est bien plus loin que ce que l’on pense (Ilet à bourse a été le pire). 
N’avoir confiance qu’en soit, ne pas s’appuyer  sur les autres, la force est en toi, fonces François, tu n’as pas le choix !
YESS !! 
En sueur, exténué, j’arrive à 6h16 à Grand place, avec 14 mn d’avance sur la barrière horaire. J’avais prévu 1h35 sur ma feuille de route, je mettrai 35 mn. J’envoie un SMS à Phiphi pour le rassurer, conscient aussi que je lui remue le couteau dans la plaie. Je suis triste pour lui, mais content de mon sursaut salutaire et solitaire.

Et, comme prévu l’addition du contre la montre sera payée cash dans la très longue ascension des 1000 m de dénivelé du Maïdo qui va suivre, surtout que je n’ai toujours rien avalé…  Ecole de Roche Plate, plein cagnât, pas d’ombre, faut s’arracher, toujours sans manger. C’est pas aujourd’hui que j’essaierai de suivre Clément dans l’ascension du Maïdo que j’avais pourtant bien apprécié 10 jours auparavant.
Aujourd’hui c’est pause dès qu’il y a un petit coin d’ombre, et il y en a peu. 



On ressent physiquement et mentalement la sortie de mafate avec un dossard toujours accroché en passant le Maïdo, on sait que la partie n’est pas gagnée, mais qu’elle est bien engagée.


 Ne jamais écouter les bénévoles et les autres coureurs,

Ne s’en tenir qu'à sa feuille de route et au règlement de la course
Soit l’info est trop optimiste, soit elle est décourageante et démobilisatrice comme ce fût le cas à ilet à Bourse ou bien au pied du taîbit.
Depuis Piton Textor, un bruit courait par ailleurs parmi les coureurs entamés que pour compenser les bouchons, les barrières allaient être rallongées : Que Neni ! Des conneries tout ça à ne surtout pas écouter ! Ce ne sont que les sirènes de l’abandon qui petit à petit nous attirent dans leurs filets du renoncement,  je l’ai connu justement ce renoncement, et c’est lui que je suis venu combattre et conjurer pour prendre notre revanche sur 2010. 
Il est hors de question à se fier à qui que ce soit autres que les officiels de la course.
Méfiant à tel point qu’arrivé au Maïdo, où je faisais la pause avec le sac de rechange après le départ de Benoit, JPP, Jacky et Pierre que je venais de retrouver,  je téléphonai à Flo pour qu’elle demande au chef de poste de Sans souci l’heure officielle de la barrière horaire, car selon les versions que j’entendais autour de moi, soit j’avais de la marge soit j’étais encore limite. Rassuré par la parole officielle me voilà donc reparti dans la descente, quant au bout d’1,5 km,  je m’aperçois que j’ai oublié mes bidons. Mais quel c… !
Me voilà donc reparti à contre sens indiquant à la trentaine de coureurs rencontrés que je n’abandonnais pas mais que je remontais chercher mes bidons. Ah c'est con, me lançaient ils. Oui je sais.... J’avais posé ces fichus bidon, le temps de me questionner sur ce que je pourrai ou ne pourrai pas avaler, en fait toujours rien,  pas moyen d’avaler quelque chose depuis que la gerbitude m’avait gagnée. 
Mon corps a néanmoins fait ce dénivelé supplémentaire sans bronché, et la pression barrière horaire aidant, j’oubliai même la fatigue, énervé et à nouveau remonté comme une pile (non rechargée)


 Le dépassement de soit, c’est bien, mais dépasser les autres, c'est mieux

La descente sur sans soucis  se fera donc en courant dans la poussière pour rattraper ce nouveau retard en essayant de ne pas trop se casser les cuisses. 
J’y retrouve mes 4 compères et ma Flo qui s’occupe de moi et me propose sur les conseils de Pierre des petites crêpes du  ravito  et une canette de coca. 
Elle s’occupe de moi, de mes pieds, en un mot, me requinque. 
Je repars donc  à nouveau ½ h après les copains. Les pieds commencent à salement souffrir et il faut un moment pour intégrer cette information douloureuse comme « normale », pour arranger le tout on passera  dans l’eau pour traverser la rivière des galets.
Magique ! aussitôt que je recommence à courir, les sensations reviennent, je me mets en « chasse » des copains,  les montées s’avalent facilement, je prends plaisir à chemin ratineau et à la cala de branche en branche et de rocher en rocher (je n'ai pas poussé le cri de Tarzan me semble t’il….), je double en m’excusant, je suis bien, j’adore l’utra trail à ce moment-là, je sais que je vais les bouffer les copains, « l’appétit » de doubler  est là ! 
Et même si ça se trouve je vais les sécher et finir loin devant eux à la Redoute…. t’es un champion mon François, Florence avait raison, crois en toi ! 
C’est dingue ce que ce corps est encore capable de faire au bout de 48 h ! Un tantinet euphorique le garçon, mais bien, il pète le feu.
Et en effet je rattrape le club des 4, d’abord Benoit, qui règle au tel la logistique avec Patrick pour l’arrivée de  Wilfrid, puis les 3 autres gaillards qui nous font en file indienne, le coup des  nains qui rentre du boulot. Eho, Eho, On rentre du boulot....
Bon on se calme ! je me cale dans leur roue et fais un bout de chemin avec eux, surtout que quelque temps avant je me suis pris une pierre dans les orteils et que ça me fait horriblement mal.

Vers la fin de la descente, je les distance sans trop y faire attention et me mets sur un rythme de marche très actif Juste avant la possession où j’y retrouve ma Flo surprise de me voir arriver à ce train. 
Nouvelle séance  bichonnage, ce que c'est bien ! par contre à nouveau, je ne me souviens pas avoir mangé quelque chose, malgré l'insistance de Flo. Petite pose de sommeil en attendant que cap'taine Jack redonne l’ordre de départ de la troupe.
Au moment de refaire le sac, Flo m’indique que je peux l’alléger. Mais moi je ne veux pas, j’ai encore une nuit (voire plusieurs dans ma tête)  à passer dehors et j’ai besoin de tout !!! Ca va pas non ! Pas touche à mon sac !
Elle m’indique alors en riant que non, c’est ma dernière nuit, et que bientôt je vais arriver au bout …. 

Petit moment de réflexion intense pour moi et c’est la révélation : 
CETTE FOIS,  LA DIAGO C’EST DANS LA POCHE. 
Ma tête, comme mon corps était en mode automatique sans notion du temps. D’ailleurs,  tout au long de cette diago, les heures se sont égrainées assez vite, même si paradoxalement j’ai trouvé le temps long sur certains passages pourtant reconnus auparavant. 
J’avais intégré l’itinérance d’un poste à l’autre comme naturelle, avancer, toujours avancer, point barre !
 On  repart tous les 5, il est hors de question pour moi de faire le Kéké et de partir tout seul. 
Je prends le train de Jacky ou Benoit et les suis sans trop de difficultés (? )

Attention aux hallucinations 

Les bisounours ! c’est marrant çà ! qui s’est amusé à sculpter sur les pavés du chemin des anglais toutes ces petites formes rigolotes que je découvre avec ma frontale par les jeux d’ombre ?  Alerte ! 
je me garde cette réflexion pour moi. Vaco y a vu en 2013 des poneys, donc gaffe, on part pas là-dedans, on se concentre sur les talons de Jacky.
Jacky  qui devant moi passe en permanence  entre  2  hauts murs en pierres….., effet du halo des lampes qui me donne l’impression qu’on arrive dans un village, c’est sympa, le temps passe vite…. L’esprit quant à lui s’égare et fait diversion.

 L’odeur, ça craint

La descente vers la Redoute est glissante mais bien moins pire que ce qu’ont connu les copains avant et après nous, la pluie transformant ce sentier en véritable patinoire où racines, pierres et terrains gras sont autant de pièges à éviter. Mon odeur pestilentielle me sert d’arme de dissuasion quand un coureur essaie de me doubler dans cet exercice périlleux de descente aucun ne colle d’un peu trop près, ça fouette trop !



Délivrance

Cris de guerre scioux ! Regroupement général et entrée dans le stade de la Redoute.

Congratulations, félicitations, embrassades, photos souvenirs, binouzes avant le grand Dodo
Tels d’anciens combattants portant fièrement leurs breloques, nous échangeons sur notre exploit respectif sous une chaleur accablante. 


Voilà, c’est tout, ce n’est donc que çà, ce n’est pourtant pas bien difficile de passer cette arche d’arrivée. 

Qu’est-ce qui fait qu’un jour ça passe, alors que tant d’autres ça ne passe pas ?


L''ambiance de course, les paysages entrevus, les nuits étoilées, les levés de soleil, les bénévoles, le public, les coureurs, les sensations, la prise en charge par Flo font de cette expérience à la conquête de l'inutile des moments privilégiés et inoubliables qui resteront à jamais gravés en moi.

Cette diago confirme ce que j'avais commencé à entrevoir sur la TDS 2014 : une fois assimilées toutes les informations d’alertes, notamment sur le manque d’essence faute de nourriture, je peux quand même continuer à avancer en passant en mode hybride corps/tête.

L’objectif sportif atteint est très important  pour moi, mais c’est le long  chemin parcouru pour y arriver dont je garde les meilleurs souvenirs, long chemin bien plus riche en rencontres, balades et partages avec ma Flo et les copains. Comme toujours, cet objectif n’aurait aucune valeur, à part sur le CV sportif, s’il n’y avait pas eu  ne serait-ce que ces fabuleuses balades dans mafate avec ma Flo et les copains Christian et Gérard, puis toute la bande, et si, en 2005,  un certain Christian Baigue ne nous avait pas fait partagé son aventure sur sa première diago nous transmettant à cet instant le virus de  sa passion du trail et de son île intense.

C'est fait ! 

Ma diagonale du flou devient enfin ma diagonale du fou !


Merci à ma Flo qui m'a bichonné malgré son immense frustration de ne pouvoir participer
Merci pour tous vos messages qui ont été tels les cailloux pour le petit Poucet, autant de savoureuses pépites, dégustées tout au long de ces 60 heures, qui m ont permises de ne pas me perdre à nouveau vers l'inachevé.....
Je me le devais, et le devais à ma Flo

Lien vers l'album Photos Picassa : ICI
A ma Flo
A Sandrine, courageuse avec son poignet cassé qui a crapahuté des heures avec Manu avant de pouvoir rejoindre un hopital
A Poum et phiphi, rattrapés par les barrières horaires
A Alain qui n'a pas atteint son objectif pourtant si bien préparé
A Catherine et Christelle qui ont démontré aussi sur le Bourbon que tout est possible avec Gérard et Didier, et a Marie plus expérimentée
A tous les champions, Christian, Gégé le conquérant, Didier, Willfrid, William, Brice, Fred le fou volant,Jacky, Pierre, Benoit, JPP, François, Edouard et l'exceptionnel Dominique descndu d'avion le matin m^me de la dago et qui est allé au bout.
Aux accompagnatrices hors pair, dévouées et attentives, Véronique, Bénédicte,  Barbara et Patrick
A toutes celles et ceux qui ont laissés un petit mot gentil et notamment toute la bande 2010, Lulu, Daniel, Pascal
Et bien entendu, à mes fil filles Audrey et Doriane, mes sœurs Annie et Catherine, mon frère Jean, ma maman, tous mes neveux et nièces, beaux frères et belles soeurs



Au fait, il faut combien de points pour s’inscrire à l'UTMB ?.....

samedi 17 août 2013

Tour du Mont Blanc Cyclo solo 2013 - TMB - 21 juillet 2013


Genèse d’un objectif cyclo 2013 hors normes 

C'est l'ami  Gilles Chiron (*), qui par un soir du 22 juillet 2012, me passe un petit coup de téléphone des Saisies pour me dire qu’il est en train d’assister à l’arrivée de cyclos qui viennent de boucler le Tour du Mont Blanc en vélo
(*)Notre insatiable coureur de trail et d'ultra  était en séjour aux Saisies pour participer à l’Ultra Trail Du Beaufortain 2012 - 103 km et 6 200 m de D+- qu'il terminera à la 58 eme position sur 400 !
Je fais aussitôt une recherche sur internet et découvre que cette épreuve cycliste d'ultra endurance est en fait une grande boucle d’une journée autour du Mont Blanc au départ des Saisies passant en Suisse et en Italie par des cols renommés et de superbes vallées alpines :
330 km et 8 000 m de dénivelé positif dont environ 120 km d'ascension de cols

Moi qui étais en quête de défi pour me remobiliser, Il ne m’en fallait pas plus pour me convaincre que ce serait mon objectif 2013 !

J’ai bien essayé par la suite d'entraîner l’ami Dominique dans ce périple, mais des contraintes familiales et son manque de préparation lui ont fait rapidement abandonner l’idée.

C’est donc tout seul que je ferai ce Tour du Mont Blanc Cyclo 2013, mais avec l’aide précieuse de Florence.

De l’ultra trail à l’utra cyclo

M'inscrire sur la 4eme édition de cette cyclo hors normes était  aussi pour moi le défi de repêchage que je recherchais.
Cette épreuve se rapproche en effet par certains côtés des Ultras trails sur lesquels j’avais connu 3 grosses déconvenues lors de mes dernières participations (Abandon sur la  Diagonale des fous 2010, barrières horaires sur l'Andorra Ultra Trail 2011 et sur  l'Endurance trail de Millau  2011).
Ce TMB Cyclo se présente en plus comme un  succédané au célèbre UTMB que je ne pourrais sûrement jamais courir. 
Les copains font le tour de Mont Blanc en courant l'UTMB, et bien moi, je le ferai aussi, mais assis et en pédalant !

Le fait que ce ne soit pas vraiment une course, mais un défi individuel, un périple à boucler, m'a tout de suite plu - tout à fait dans l'esprit de ma diagonale du flou.

En étudiant le palmarès des finishers des éditions précédentes et en lisant les récits je me demandais toutefois si je ne plaçais pas à nouveau la barre un peu trop haute, avec le risque de connaître un nouvel échec...
Ce qui est certain, c'est que les participants au TMB ont déjà à leur palmarès pas mal d'ultras et sont des sportifs multi disciplines de très bon niveau : Ironman,  BRM,  Paris Brest Paris (1 200 km) ou encore  Raid Extrême Vosgiens REV (610 km et 11 800m de D+), Raid Provence Extrème etc..

Une préparation TMB trop juste
L’idée étant lancée et annoncée, il s’agissait maintenant de l’assumer et de se préparer au mieux sur les routes du Poitou et de la vallée du Clain tout d’abord, du Limousin ensuite avec plusieurs expéditions solitaires dans les monts d’Ambazac, de Rocamadour et ses petites routes sympa avec Florence en mai et le Ventoux.  Le Ventoux - j'avais depuis très longtemps envie de gravir dans la journée ce Géant de Provence par ses trois faces. Faute de temps, je n'effectuerai en fait que l'ascension de 2 faces : Départ de Carpentras, ascension par Bédouin, descente sur Malaucène, resto (ravito),
remontée du Ventoux, descente sur Sault, puis retour sur Carpentras par les magnifiques gorges de la Nesque. Un test assez satisfaisant où j'ai pris grand plaisir. A refaire, mais cette fois par les 3 faces.
Malheureusement par la suite je ne ferai pas les sorties longues de 300 km initialement programmées, ni l’ardéchoise, juste une Limousine en « off » faute de dossards avec Bernard et Dominique.
L’étape du tour idéalement placée 15 jours avant le TMB, le 7 juillet suivie des superbes randos en vélo dans le massif du Mont Blanc avec Florence, depuis Megève, du 8 au 14 juillet ont donc été les bienvenues.
Nous profiterons de notre dernière semaine à Megève pour aller faire la reco du parcours du TMB, mais en voiture...

Au final, seulement   5 750 km et 50 300 d/m+ à mon actif en 2013, alors que j’aurai voulu faire au moins 7 000 km et 70 000 d/m+.

Simulation des temps de passage 
Je savais pertinemment que j'étais très limite en termes de barrière horaire finale puisque  mes temps de passage simulés me faisaient arriver aux Saisies  à 0h15 pour une limite horaire théorique d'arrivée à 0h30....
J'avais beau recalculer en diminuant les temps de pose aux ravitaillements, la simulation  tombait toujours sur les mêmes prévisions de temps de passage.
Et dans la réalité, ces 15 minutes de marges n'ont pas fait long feu au col du Petit Saint Bernard où j'ai fini mon ascension sous un pluie diluvienne et un orage...

Est venu le jour de l’inscription
J’avais décidé de m’inscrire au dernier moment, en fonction des bobos et de la météo.
Je m’inscris donc par internet le mercredi pour le dimanche suivant, sur des prévisions météo on ne peut plus favorables. Puis du jeudi au samedi soir, ces prévisions ont évolué vers des risques de pluies, puis des risques d’orages en fin d’après-midi sur les reliefs pour le dimanche. Heureusement les températures restaient correctes en altitude...

Les Saisies - samedi 20 juillet 2013 - veille de course

Transfert de notre camp de base le samedi de Megève aux Saisies à l’hôtel  Le Chardon Bleu situé juste en face le podium, le point briefing et  le point retrait des dossards. De plus la boutique de vente du bon fromage de Savoie d'après course se trouve sous l'appartement et la fabrique juste sous notre fenêtre. 50 € pour 2 personnes la nuitée. On ne peut  mieux faire.
Florence étant partie courir sur les hauteurs des Saisies, je passe à la phase casse-tête pour la préparation des tenues  et des 2 sacs que l’on peut déposer chacun au point ravito de notre choix, tout en regardant le tour de France à la Télé, pour revivre par procuration en direct  un peu de notre étape du tour Annecy-Semnoz effectuée 15 jours plus tôt, mais pas au même rythme.
J’ajoute, à bon escient, un gros sac de vêtements pour la voiture,  Florence devant venir au-devant de moi pour me rejoindre en assistance en haut du col du Petit Saint Bernard. 
Je lâche la retransmission du Tour 15 mn, juste avant le Semnoz, et file retirer mon dossard. Il n’y a pas foule, mais ça je le savais, on ne devrait être qu’un peu plus de 300 participants.
Surprise avec la remise d’un textile vraiment sympa. Pour le maillot finisher on verra plus tard.
Une course d’exception pour des coureurs plus qu’avertis Il y aura dans la soirée une réunion d’informations générales sur la logistique et la sécurité. Je passerai mon temps à observer les participants tous plus affûtés les uns que les autres. J’ai l’impression de faire exception dans cette assemblée.  
2 infos importantes : météo incertaine en fin d'après-midi le lendemain, ça je le savais. Et report du départ à 5h30 au lieu de 5 h, vu l'état de la route pour descendre vers Megève. Ce qui veut dire  que  je vais descendre le Cormet de Roslend de nuit... Ouille !
Le vélo et son lestage  Mon vélo avec son triple plateau passe partout (52-42-30/ 12-25) fait pâle figure auprès des vélos des concurrents qui vont s’aligner pour le départ de ce TMB, mais j'en tire une certaine fierté, car je sais que ce n'est pas le vélo qui fait le coureur, ça aide bien mais ce n'est pas tout. Par curiosité, en souvenir du sac surchargé que je m’étais traîné pour la diagonale des fous, je pèse ma monture tout équipée avec l’éclairage, les 2 bidons d’un litre et les 2 petites sacoches overst’im pleines de barres d’amandes et céréales, pain d’épices. Résultats  = 12  bons kg. Va falloir assumer !

Dimanche  21 juillet 2013 - 5 H 30 -  Les Saisies - Départ du TMB Cyclo 2013

Manchons, coupe-vent, Gilet Fluo, lampe allumée.
Le jour se lève.
Musique d'Era - Ameno 
La messe est dite
C'est le départ tant attendu et appréhendé en même temps.
Les lucioles entament la descente. Ma petite lampe suffit et je suis les autres. Sauf que les autres ils foncent et que moi j'y vais mollo, les fissures et les trous sur la route ne sont pas très visibles. Je n'aimerai pas commencer par une chute ou abîmer encore plus ma roue avant. De toutes les façons rien ne presse, pas de risques inutiles, les groupes se formeront et se déferont au gré des 40 premiers km constitués en grande partie de descentes.

En 40 km, on est passé de l'altitude de 1657 m  à celle de 587 m.
Le scénario de l'EDT d'il y a 15 jours est le même pour certains que je verrais abandonner bien plus tard, les faux plats montants ou petites côtes piégeuses me laissent quant à moi  de glace et je continue à mon rythme sans m’essouffler en admirant le lever du soleil sur le mont blanc. Je sais que ce Tour du Mont Blanc ne commencera en réalité qu'en haut du col du Grand Saint Bernard. 
Je bois et m'alimente consciencieusement et régulièrement. Tout est sous contrôle, je gère.
Je monte donc  la côte de Vaudagne, petite route en lacets, avec prudence et n'essaie pas d'accrocher un groupe qui me double (en parlant sans cesse) au moment où j'arrive à la hauteur d'un coureur  qui grimpe vers Vaudagne à un bon rythme avec une seule jambe et un seul bras. Incroyable ce type ! Les bavards en promenade devant ont l'air de le connaître et disent que c'est un sacré monsieur, qu'il a déjà à son actif de sacrés défis et que généralement il va au bout. J'espère qu'il aura été au bout, je ne l'ai pas revu.
Chapeau, et tous les geignards qui osent encore se plaindre pour le moindre bobo prétexte à ne pas tenter les défis, prenez en de la graine !
je passe le ravito de Vaudagne, comme c'était prévu.
Descente sur  Les Houches puis passage à Chamonix, Argentiere.

Col des Montets :  11,7 km à 3,3% et 426 d/m+


Grand nombre de randonneurs à pied descendent des voitures, ou des bus et autocars, pour attaquer leur randonnée du jour dans ce beau massif du Mont Blanc.
C'est sympa, c'est le matin, il fait beau, la luminosité est superbe et ce col n'est pas dur. Pour l'instant tout va bien, et je suis dans mes temps prévisionnels. 
Je me crois en randonnée.












C'est à nouveau une descente vers Vallorcine. 
Avant de passer en Suisse, j'appelle Florence pour la rassurer. J'en profite pour faire une pause technique mais perds les 2 cyclos que j'avais en ligne de mire depuis un moment.
J'ai fait 84 km et 1 100 m de dénivelé positif depuis le départ. 
Je sais que ma vitesse moyenne globale va maintenant décliner inexorablement, je n'ai rien grappillé sur ce premier quart de parcours pourtant le plus facile.



Dimanche 21 juillet 2013 - 8 h 50 - je passe en Suisse

Un coureur es assis dans le fossé sur une longue montée toute droite avec une couverture de survie. 
Des motards des secours sont là. A priori, son cadre aurait cassé lors du passage sur une pierre (??)


Col de la Forclaz :  7,5 km à 4,8% et 434 d/m+

Rein à déclarer
Le rythme est pris, les kilomètres passent bien, les grosses difficultés approchent.
















On passe de 1 526 m d'altitude  à 558 m en 9 km.
La descente sur Martigny est impressionnante, voire vertigineuse, mais pas dangereuse, hormis les véhicules qui veulent doubler à tout prix. Et pourtant, je ne roule pas vite, maxi 66 km/h et je perds encore de précieuses minutes que j'aurais pu reprendre.
Je me suis aperçu hier soir que ma roue avant avait du jeu, ça n'aide pas, je ne suis pas très rassuré.
Nous passons dans les vignes en terrasse du Valais










A la sortie de Martigny, je ne vois plus d'indication et m'arrête pour regarder la feuille de route. J'hésite un bon moment, ce n'est pas clair. Un concurrent arrive, il hésite aussi, nous commençons à rebrousser chemin quand un autre groupe arrive et file. Nous reprenons la route.

Ravitaillement - Les valettes - 10 h 00
Petit sandwich, eau, coca.
Je récupère mon sac déposé en Suisse (les valises ce sera demain matin au réveil) et attaque  les réserves perso, riz, semoule, pain d'épices. Recharge d'hydrixir dans le bidon.
Le vélo de nouveau lesté, je repars rapidement et passe sur le tapis des puces.


Montée de  Champex : 11,7  km à 7,2 % et 844 d/m+

C'est un faux col mais il a toutes les difficultés d'un col !

Cette ascension fait mal. Une succession de petits lacets avec  des passages à 14 %. Le cardio s'affole.
La chaleur est là, heureusement que je viens de faire le plein des bidons. Je ne vérifie plus le timing, mais je sais que je suis toujours à peu près dans les temps prévus, c'est à dire sur le fil du rasoir. Je ne veux pourtant pas me mettre dans le rouge et risquer la défaillance.
Il me reste 180 km à faire et 5 500 m de D+
Autrement dit, le plus dur est à venir. 

Passé Champex et son magnifique lac, descente sur Orsières où là encore je me fais doubler. Je fais le plein des bidons à une fontaine en prévision de ce qui m'attend pour passer en Italie

Col du Grand Saint Bernard : 24,6 km à 6, 4% et 1 559 d/m+

Je repars, pour cette longue ascension fastidieuse sur une route passagère entre la Suisse et l'Italie. 
J'ai maintenant un jeune compagnon de route de Grenoble, c'est lui qui donne le rythme. Il a fait la Marmotte puis le lendemain l'étape du tour.
Je le laisserai plus tard à une buvette de bord de route où il s'arrêtera se rafraichir. Il fait chaud
Le long paravalanche de 7 km  m'offrira une ombre bienvenue, mais  je suis contraint de m'arrêter sur un terre-plein extérieur pour me masser les dessous de pied tellement la douleur est forte.
Un concurrent y est allongé sur l'herbe et m'explique que c'est la 3eme fois qu'il le fait et à chaque fois il coince à ce col.
Quelques mots, je me dépêche de remettre mes chaussures et repars, désolé.
Je quitte le paravalanche et laisse les voitures continuer vers le tunnel du Grand Saint B sur la gauche. J'attaque enfin, les 8 km de la partie la plus dure du col où altitude et fatigue commencent à peser. 
Ce doit être mon premier col à vélo à plus de 2 400 m d'altitude. 
Les paysages de haute montagne sont superbes.

Arrivé en haut du col, je me dirige rapidement vers le ravitaillement pour récupérer mon 2ème sac. Pas le temps d'admirer le petit lac. Semoule, pain d'épices, recharges etc... 
J'ai fait 156 km et 4 200 m de dénivelé positif depuis le départ.
Je suis à la moitié du parcours en km et en dénivelé. Je ne prends pas le temps de vérifier, mais je sais qu'à  5 minutes près je dois toujours être dans mes temps prévisionnels, je m'habille chaudement.

Dimanche 21 juillet 2013 - vers 14 h 30 - je passe en Italie

Longue descente de 32 km et 1 878 m de dénivelé négatif pour rejoindre Aoste à 580 m d'altitude
Malgré le coupe-vent et le gilet fluo, j'ai froid au début de cette plongée en Italie,  puis je sens la chaleur me réchauffer au fur et à mesure de la descente, pour finir dans un four à Aoste avec plus de 35°.
Encore une fois, je ne vais pas assez vite et ne reprends pas les  précieuses minutes de mon sésame Finisher.
Je profite d'un arrêt pour me dévêtir à nouveau et masser ma plante de pied qui me fait toujours énormément mal
Mon jeune compagnon de route de Grenoble me rejoint. Il est bien meilleur descendeur que moi.
Ouf, je ne vais pas être tout seul pour cette longue transition de 20 km jusqu'au prochain ravito dans le val d'Aoste.
Heureusement le vent  n'est pas défavorable et pour l'instant pas de pluie et d'orages en vue.

Ravitaillement de La Salle et de Florence
Super surprise ! Florence, mon Saint Bernard perso, est descendue me retrouver. Je délaisse le ravito officiel pour le petit "quatre heure" de Florence constitué de pattes et de Poulet + gâteau de riz/semoule, coca et baies de Goji car il faut bien dire que comme d'habitude les ravitos de l'organisation étaient bien trop légers pour moi.....
Je vois à regret mon compagnon de route repartir
J'y passe plus de temps que les 15 minutes prévues, il faut que je masse mes plantes de pied douloureuses.
Je repars les batteries rechargées, et remonté à bloc, Florence m'accompagnera jusqu'à la fin (Faim).
Les jambes tournent bien et je me sens d'attaque pour repasser en France.

Col du petit Saint Bernard - 23,5 km à 5 % et  1 184 d/m+


Les encouragements de Florence et des accompagnateurs attendant leurs coureurs  me motivent encore plus. Je ne veux plus me laisser rattraper et doubler.
Je rattraperai mon jeune Grenoblois après Pré Saint Didier dans l'ascension du col. Il préfère rester à son rythme, je reste avec lui jusqu'à la sortie de La Thuile où je laisse le petit groupe qui s'était formé pour avancer un peu plus vite.



Le temps se gâte  sur la fin de ce col qui n'en finit pas.
On croit qu'on est en haut et ça continue encore


Et c'est sous une pluie diluvienne et un orage, que j'arrive au col  du Petit Saint Bernard  2 188 m où Florence m'attend patiemment.

Un groupe de coureurs est à l'abri sous le petit tivoli du ravito. Je prends une soupe et m’engouffre dans la voiture pour me mettre au sec et me changer.
Je me ravitaille au sec, dehors la pluie est battante.
Les minutes s'égrainent...
Je prends encore du retard, je le sais mais ne vérifie même pas.
J'ai basculé sur la zone hors délai, ma marge de 15 minutes est définitivement consommée et la pluie ne va pas du tout m'aider à limiter les dégâts.

Ca fait presque 14 h que je suis parti des Saisies
J'ai  roulé 245 km depuis ce matin et  monté 5 900 m de dénivelé positif.

Encore 2 cols à monter et surtout 2 descentes  à effectuer dont une dans la nuit.

Dimanche 21 juillet 2013 - vers 19 h 20  - je repasse en France

J'enfile mes gants d'hiver, un thermique et me couvre la tête pour affronter le froid humide de cette descente.
Ça caille et je grelotte.
Un bénévole nous indique que 8 km plus bas, vers la Rosière, il pleut moins.
Tant mieux parce que ça va être dur et chaud cette descente de  26,5 km jusqu'à Bourg Saint Maurice !
De  2 188 m il faut redescendre à 840 m.
J'espère que je n'aurai pas ce temps sur tout le final et qu'il fera meilleur en bas.
Il n'y a pas grand monde qui repart. Je vois le jeune grenoblois arrivé au ravito au moment où j’enfourche mon fidèle destrier et me lance vers cette descente infernale où la pluie ruisselle à flan de montagne et sur la route.
Je n'essaie plus de retenir mes dents qui claquent je laisse faire et essaie de me décontracter.
L'orage est spectaculaire, comme seule la montagne peut nous en faire. Sur l'autre flanc de montagne un long éclair qui se devise en 2 fourches avec deux boules de feu d'impact. Aucun bruit.
Impressionnant !
Passé la Rosière, désertique, il ne pleut plus, j'essaie de reprendre un peu de vitesse.
Des véhicules me doublent avec sur l'attelage des vélos équipés de plaque concurrents du TMB. Je fais partie des derniers à insister, mais aujourd'hui, quoi qu'il advienne, même si on m'enlève mon dossard au prochain ravito, j'irai au bout.

Ravitaillement de Bourg  Saint Maurice.
Nouvelle surprise, l'ami Gilles, en séjour dans le coin pour la préparation de l'UTMB est venu m'encourager.
Ça me fait chaud au cœur, mais j'ai peur de le décevoir car je sais maintenant que je vais être hors délai.
Un organisateur annonce qu'il y a déjà 100 abandons, soit un tiers des concurrents.
Pas question d'alimenter les statistiques !

Je me dépêche de me ravitailler, je quitte mes gants d'hiver imbibés d'eau, et les autres vêtements de descente et repars, je ne veux pas me faire embarquer par les véhicules balais qui attendent avec à leur bord pas mal de malchanceux.
D'autres en attente au ravitaillement s'y installent.
L'organisation me laisse partir parce que je suis accompagné par Florence en véhicule.
Tous les indicateurs sont au rouge, délais, pluie, nuit, kilométrage depuis le matin et pourtant, je ne suis pas dans les choux, j'ai le mental et physiquement ça va.
Je fais donc faire partie des "poireaux" de cette édition 2013 du Tour du Mont Blanc Cyclo, de ceux qui insistent et veulent aller au bout coûte que coûte. Je ne suis pas de la trempe des copains guerriers de l'UTMB ou de la Diago, mais je vais le faire !
Je sais que je bouclerai ce périple avec ou sans dossard, ça ne peut pas se passer autrement !
C'est ma rédemption. J'ai une revanche à prendre contre moi même. Je dois le faire, pour moi, mais aussi pour Florence.
Je n'ai pas prévu d'autre scénario, mais il est vrai qu'on ne prévoit jamais un abandon.

Col du Cormet de Roselend - 19,4 km à 6 % et  1 154 m d/m+

Il pleut à nouveau.
Gilles m’accompagne aussi un bout de chemin en voiture sur cette ascension. Il m'indique que seuls 2 coureurs sont repartis derrière moi.
Ça y est, la voiture balai est donc à 2 coureurs derrière moi. Faudrait s'activer, mais ce n'est pas après 15 h de vélo et 280 km qu'on change comme cela d'allure. Le diesel ronronne, il ne peut  pas accélérer.
La nuit est là, Florence roule patiemment au pas derrière moi  et m'éclaire avec les phares de la voiture.
Ma roue avant couine régulièrement, mon corps lui endure et ne bronche pas.
Depuis le début de ce TMB, je ne trouve pas le temps long, je suis tout à mon objectif.
Les jambes tournent inlassablement, j'alterne, je passe régulièrement en danseuse pour délasser. La nuit ne me permet pas d’admirer le superbe paysage de ce versant.
Je vois une lumière de vélo loin devant moi et surtout une derrière moi qui me rattrape. Je me fais doubler dans les derniers kilomètres d'ascension. Je m'accroche, mais lâche très vite, ce n'est pas mon rythme de vieux diesel, pas la peine d'insiter.
Plus bas, au loin,  à un vélo derrière moi les gyrophares de la voiture balai, faudrait quand même pas que je finisse dernier ! J'ai beau dire que l'important c'est de terminer, avant dernier, c'est quand même autre chose que de finir dernier, non ! Toutes les motivations de fin de courses sont toujours bonnes à prendre.

Ravitaillement du cormet de roselend
Il pleut, il y a un vent froid, je suis trempé, j'ai froid, j'ai faim, mais l’écœurement commence à se sentir.
Pour me réchauffer, je prends un soupe, mais horreur c'est une soupe aux oignons lyophilisés qui croquent
sous les dents.  Il ne me manquait plus que ça ! il me reste encore un dernier col  à franchir et il faut pourtant recharger en carburant.
Je monte dans la voiture pour enfiler mon coupe vent  en vue de la descente et profiter de mon ravito personnel que Florence a apporté dans la voiture, mais l'estomac n'y est plus. Je garderai le goût d'oignon jusqu'à l'arrivée et aurait du mal à m'alimenter.
J'ai tellement froid en sortant de la voiture en pleine nuit, en plein vent, sous la pluie, au milieu de nulle part, que j'ai une fugace hésitation, vite refoulée avant de me saisir  de mon vélo pour rallier Beaufort.
Cette descente sera  laborieuse. Les phares de la voiture pour éclairer ma route, c'est super quand la route est droite, mais quand arrivent les virages et les lacets, c'est plus compliqué. Je me fais plusieurs frayeurs. Les 2 cyclistes repartis devant moi sont déjà loin. Replat à hauteur du barrage puis descente finale du col jusqu'à Beaufort. Plus bas, par moment des petits passages agréables dans la douce chaleur restituée par des rochers et habitations.

Col des Saisies - 15 km à 6,4 % et 957 d/m+

Arrivé à  l'entrée de Beaufort je bifurque sur la droite pour attaquer ma dernière ascension, le col des Saisies en passant par Hauteluce.
Florence m'approvisionne en baies de Goji.
Les kilomètres défilent lentement, mais je ne me lasse toujours pas et l'objectif final n'est pas loin (en distance).
Pédaler, ne s'occuper de rien d'autre.
Il y a bien longtemps que mon garmin, lui, a cessé de fonctionner faute d'énergie, je ne vois pas non plus ma vitesse sur le compteur, mais j'avance  et c'est cela le principal.
Passé Hauteluce, après avoir rejoint la route des Saisies, je vois à nouveau les gyrophares de la voiture balai  qui arrive dans le village tout en dessous de moi. Je m'active à nouveau, l'honneur est en jeu.

Les saisies approchent, la belle vache peinte sur le local EDF m'encourage en silence. Super idée cette peinture sur  ce local , c'est le repère pour les cyclos qu'il ne reste que quelques kilomètres avant le haut du col. Quelques lacets et les lumières de la station des saisies se profilent.
Florence va devant à l'arrivée pour immortaliser.
Dernier kilomètre. je rentre dans les saisies.
Pas de final avec panache aujourd'hui, ce serait ridicule.

Lundi 22 juillet 2013 - 1 h 00 - les Saisies  - je suis finisher du TMB Cyclo 2013

Voilà, J'y suis ! Je l'ai voulu et je l'ai fait !
je suis allé au bout de ce Tour du Mont Blanc qui aux premiers abords n'était pas un défi à ma portée.
Il suffisait d'un rien pour que je ne boucle pas ce TMB Cyclo soumis aux aléas climatiques liés aux activités sportives en plein air et de surcroît sur les routes de hautes montagnes.
Et bien que la  limite horaire ait été dépassée, le principal pour moi est d'être allé au bout de ce périple vélo autour du Mont Blanc.

Le coureur qui m'avait doublé dans la montée du Cormet de Roselend est là, il est arrivé 5 minutes avant moi
On attend le dernier coureur qui arrive 2 minutes après moi, puis nous allons nous restaurer et  récupérer notre maillot de finisher.

J'ai mis 19 h 30 et le premier a mis 12 h 01..... Mais je suis le premier des communes d'Iteuil et Ligugé !! et même premier de la Vienne faute de concurrence.
Par contre, je suis le 2eme de Poitou Charentes, le 1er finissant 21eme en 14 h 05. Intouchable.
Bon, même la photo d'arrivée ne me pardonne rien, mon ombre est arrivée avant moi.
C'est définitif, je ne roule pas plus vite que mon ombre. Quelle déception !

Le classement général  du Tour du Mont Blanc Cyclo 2013 ICI

Mon  bilan de ce TMB Cyclo 2013

J'ai mis 45 minutes de plus que mes prévisions déjà ric-rac, en grande partie à cause de la pluie qui a compliqué fortement les descentes du Petit Saint Bernard et du Cormet de Roselend et de mon arrêt prolongé  pour me changer à l'abri dans la voiture en haut du petit saint Bernard. Je n'ai pourtant pas traîné sur les autres ravitos et n'ai même pas pris le temps de mettre ma musique.
Mes prévisions, basées sur mes temps de montée et de descente de cols effectuées en 2012 /2013 étaient donc tout à fait correctes. 
Le constat est toujours le même :
Je lambine dans les descentes : sur 120 à 150 km, ça fait pas mal de minutes de perdues. Une roue avant sans jeu devrait aussi aider. 
Je m'économise trop dans les ascensions, ma vitesse de base n'est pas assez élevée : 1 km/h en plus sur ne serait-ce que 100 km, ça peut vite chiffrer aussi. 
Les ravitos doivent être plus consistants pour moi
Il va donc falloir que je travaille ces points faibles si je veux tenter d'autres Ultra Cyclo et passer un cran au-dessus dans les défis à venir

Les défis vélos ne me font en effet pas peur, mais attention à ne pas avoir les yeux plus grands que le ventre..... et  Je souffre moins en vélo qu'en course à pied, hormis cette satanée douleur sous la plante de pieds, 
Même pas mal le lendemain matin et les jours suivants ! Fatigué, les valises sous les yeux mais pas de bobos. Ça me change des lendemains de trail où je marche comme Robocop pendant 4 ou 5 jours! 
Par contre, je mettrais 2 jours à enlever les traces noires délimitant mes chaussettes, souvenir des routes mouillées et des projections de tous les résidus sur le goudron.

Bravo aux organisateurs de ce Tour du Mont Blanc Cyclo, et à tous les bénévoles pour leur gentillesse et leur disponibilité.
Seul un tout petit bémol, au sujet des ravitaillements, pourtant judicieusement répartis et en quantité adaptée. Mais le cycliste pantagruélique que je suis, adepte des ravitos à la " Boulette", ne peut pourtant qu’approuver l’observation de Serge Dutouron dans son récit 2010 :  "Mon souhait, sur ce type d’épreuve aussi exigeante, est au minimum de 2 vrais repas chauds avec potage bien salé et riz/poulet" .
La boucle est bouclée !

Voilà, Florence est fière de moi et ça, c'est la plus belle des récompenses. Mon petit exploit s'en trouve décuplé et sans son assistance, je ne pense pas que j'aurai pu aller au bout, au vu des conditions météo.
Parmi les petites étoiles qui pétillent dans ses yeux je vois bien qu'à côté du partage de cette satisfaction d'aller au bout d'un objectif sportif, il y a aussi la frustration de ne pas pouvoir mettre à l'épreuve tous les défis d'ultra trail qui lui trottent encore dans la tête (dont le GRP). Défis contrariés par des blessures successives depuis plus d'un an.

Son prochain défi sera donc aussi le mien ! mais en assistance particulière, pour qu'à son tour elle puisse aller au bout d'un de ses rêves sportifs les plus fous et les plus ambitieux. (diagonale des fous 2015 ?)

Quant à moi, de futurs périples vélos occupent déjà mes pensées, pourquoi pas le Paris Brest Paris 2015, ou d'autres défis en solitaire ou à partager avec Florence et les copains.
Et toujours un vague espoir de pouvoir recourir (ou marcher) les trails et ultras pour terminer un de mes futurs périples vélo.

"Avoir juste le courage de se lancer. Très souvent on pense savoir où sont nos limites, mais c'est seulement quand on tente quelque chose qu'on s'aperçoit qu'on peut aller beaucoup plus loin" Lizzy Hawker -l'EQUIPE magazine Spécial Trail août 2013